03.06.2008
Lettre ouverte à Ahmed Tidjane Souaré (Par Tierno Monénembo)
Monsieur le Premier ministre,
Je me dépêche de vous écrire avant que le poison du pouvoir ne vous monte à la tête. A supposer toutefois que sous nos doux cieux d’Afrique, la parole du petit peuple intéresse encore les demi- dieux qui nous gouvernent. 
Ainsi donc, Lansana Kouyaté est parti ! Foin de larmes de crocodile, nous ne le regretterons pas ! Ce fut sur tous les plans un premier ministre catastrophique : une administration clanique, une gestion économique brouillonne caractérisée par l’amateurisme et la malversation ; un incroyable mépris de la loi et d’abord de la fameuse feuille de route qui constituait pourtant l’unique base de sa légitimité. Je ne parle pas de ses mauvaises fréquentations internationales et de ses méthodes policières expéditives dignes de ce régime tortionnaire d’antan qu’il croyait naïvement pouvoir réinstaurer…Un mois de plus, et cet homme nous menait tout droit à la guerre civile ! Reconnaissons tout de même qu’il a réussi l’impossible : redonner à Lansana Conté une virginité politique absolument inespérée ! Un comble !
Ainsi donc c’est vous que le décret présidentiel pour ne pas dire le fait du prince, a désigné pour gérer dorénavant les affaires du pays. Si le départ de Kouyaté nous réjouit, votre nomination ne nous fait pas déborder d’enthousiasme. Notre longue, notre triste, notre catastrophique expérience de Guinéen nous a clairement ouvert les yeux, Monsieur le Premier ministre. Nous savons maintenant qu’en politique, le poison a souvent un goût de miel et que les anges, au faîte du pouvoir, se transforment très vite en démons.
Vous pouvez faire tous les beaux discours que voulez, nous soûler de promesses et de belles intentions, nous ne vous jugerons que sur vos actes. En cinquante ans de chaos, le vacarme de la démagogie ne nous impressionne plus. Alors, de grâce, Monsieur le Premier ministre, rangez les micros et retroussez les manches !
Nous vous féliciterions plus tard si et seulement si vous réussissiez à nous dépêtrer de l’immonde marécage dans lequel nous ont plongés un demi- siècle d’irrationnel économique et de fumisterie politique.
C’est une vieille coutume, en haut lieu que d’aligner les priorités quand on s’installe pour la première fois dans les palais et les ministères. Voilà en général, ce qu’on a coutume d’entendre : aujourd’hui l’électricité, demain l’eau chaude, puis l’inflation, puis la transformation des matières premières, puis le volume des exportations, puis... Cette ritournelle- là, nos radios nous la distillent depuis que nous étions tout petits et vu le résultat que cela a donné, je suis tenté de dire : chantons autrement, inversons l’ordre des priorités.
L’économie, l’économie, l’économie, on ne parle que de ça en Afrique ! A croire que le continent se résume à un simple tube digestif !
Arrêtons de nous conduire en aveugles : ce n’est pas notre économie qui est malade, c’est notre société ! Nos problèmes économiques ne sont pas une cause mais une conséquence. Restaurer l’économie revient d’abord à restaurer le tissu national terriblement lacéré par les discours néfastes, l’esprit de clan et la ségrégation. Rien de bon ne se fera en Guinée tant que le gouvernement n’aura pas pris l’initiative de recoudre ce tissu- là. Et réconcilier les Guinéens (liés par le sang et par des siècles et des siècles d’histoire commune) n’a rien d’insurmontable. Quelques paroles apaisantes et quelques gestes symboliques suffiraient largement. Votre premier devoir (bien avant le prix de l’essence ou du bourakhé), c’est de redonner à chaque composante de la Guinée le sentiment de faire pleinement partie de la nation. Juste le temps de nous faire oublier les discours blessants de naguère ! Vous verrez qu’après, les replis identitaires et les frustrations communautaires disparaîtront d’eux- mêmes…
L’Etat, dans tous les pays (surtout ceux en voie de formation nationale) ne se définit pas comme un simple instrument juridique et institutionnel, il représente aussi un miroir qui doit refléter la diversité ethnique, régionale et religieuse. Aucune démagogie ne peut effacer cette vérité- là. Même les vieilles nations d’Europe et leurs ministres de la diversité n’ont pas échappé à cette règle élémentaire de la vie en commun. Nous sommes des Africains et nous savons tous que quand le maigre morceau de viande retient toujours au même enfant, il finit par quitter la famille.
Qu’est-ce qui donc a fait exploser le Libéria et la Côte d’Ivoire, le Rwanda et le Kenya ?
Au contraire, lorsqu’ aucune communauté ne se sent exclue, l’intégration sociale et culturelle se fait le plus naturellement du monde (cf. le cas du Mali ou du Sénégal).
A cet égard, nous attendons avec une extrême vigilance le gouvernement que vous vous apprêtez à former :
-si vous privilégiez votre village, votre ethnie ou votre région, nous vous condamnerons de la même manière qu’hier nous avions condamné Lansana Kouyaté
- si vous ouvrez les portes du gouvernement aux vieux vautours qui ont ruiné notre économie, vous exposeriez notre pays à un risque d’explosion encore plus grave qu’en janvier 2 007.
Monsieur le Premier Ministre, redonnez- nous le goût d’être guinéens, celui de vivre et de travailler ensemble dans l’harmonie interethnique et la fraternité et vous obtiendrez des miracles dans le domaine économique comme dans tous les autres secteurs de la vie nationale !
Sinon, vous risquez comme votre prédécesseur, de passer sous la trappe de l’Histoire, chassé sous nos quolibets et abasourdi par nos huées.
Tierno Monénembo
03.05.2008
Lansana Kouyaté
Le Premier Ministre, Chef du Gouvernement de la République de Guinée est né le 15 Juillet 1950 à Koba dans la Préfecture de Boffa. Au terme de brillantes études universitaires sanctionnées par un Diplôme de l’Ecole Supérieure d’Administration de l’Institut Polytechnique de Conakry, M. Lansana Kouyaté va s’engager dans la vie active en 1976. De cette année à février 1982, il occupera successivement les fonctions de Directeur à l’organisation du Travail, Directeur Commercial du Prix et Statistiques, Directeur Général Adjoint de l’Office de la Coordination Financière de l’Industrie, Société mère d’un groupe composé de 44 entreprises Industrielles d’Etat, puis Administrateur de la Société mixte Guinéo Canadienne des produits explosifs et chimiques (S O P E C), pour devenir enfin Directeur Général Adjoint de l’Opération National pour le Développement de la Riziculture (O N A D E R ) jusqu’en Septembre 1983, un projet financé par l’U S A I D, la BAD et le F I D A. Durant cette période, M. Lansana Kouyaté va se familiariser avec les différentes Institutions Internationales de Financement, prélude à son entrée en diplomatie en Septembre 1983 en qualité de conseiller à l’Ambassade de Guinée en Côte d’Ivoire Spécialement chargé des relations avec la Banque Africaine de développement (B A D). En juillet 1985, il revient au pays pour occuper le poste de Directeur de la « Division Afrique- O U A » au Ministère des Affaires Etrangères. A partir de Février 1985 jusqu’en juin 1992 M. Lansana Kouyaté exercera les fonctions d’Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire de Guinée en Egypte, au Soudan, en Turquie, en Jordanie, en Syrie et au Liban avec résidence au Caire.. Brillant Diplomate, ses qualités de fin négociateur le conduisent au Siège des Nations Unies à New York en tant que Représentant Permanent de la Guinée au sein de l’ONU où il sera élu Vice Président au Conseil Economique et Social (ECOSOC), fonction qu’il cumulera avec celle de Représentant Spécial Adjoint du Secrétaire Général de l’ONU, M. Boutros Boutros Ghali en Somalie de Février 1993 à Janvier 1994 pour être confirmé jusqu’en Juin 1994, Représentant Spécial du Secrétaire Général. La remarquable gestion du dossier somalien accentue à son égard la confiance de l’Administration onusienne qui lui confie le poste de Sous Secrétaire Général chargé des Affaires politiques pour l’Afrique, l’Asie de l’Ouest et le Moyen Orient ainsi que la gestion des services du Conseil de Sécurité.
Lorsqu’en 1997 la Guinée lui fait appel , il n’hésitera pas un instant à se mettre au service de la patrie pour succéder à son compatriote Edouard BENJAMIN au poste du Secrétaire Exécutif de la Communauté Economique de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). A la tête de l’Administration Ouest africaine, M. Lansana Kouyaté laisse éclater son génie. A son actif, l’on retiendra entre autres, la conception des critères de convergences économiques et financières entre les pays de la CEDEAO , la conception et la création de la Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO), la mise en œuvre du chèque de Voyage et du Passeport CEDEAO, le mécanisme de prévention et de gestion des conflits, structure sur laquelle repose aujourd’hui toutes les interventions de l’organisation sous régionale dans le règlement des crises. Dans son parcours, M. Lansana Kouyaté a toujours mis ses talents et son expérience au service de la Guinée en prenant part activement à la 13ème Conférence des Chefs d’Etat de France et d’Afrique à Lomé en 1986, aux 18ème, 19ème, 20ème et 21ème Sessions de la Conférence au Sommet des Chefs d’Etat de l’OUA ainsi qu’à la 46ème Session de la Conférence des Ministres de l’OUA tenue à Addis Abeba en 1990. Homme de conviction doté d’un franc parler, M. Lansana Kouyaté muni d’une solide expérience sera désigné par le Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie (O I F) M. Abdou DIOUF, Ancien Président du Sénégal en qualité de Représentant Spécial pour la Côte d’Ivoire. A ce titre, il jouera un rôle prépondérant pour trouver une issue heureuse au conflit inter ivoirien. Au lendemain de la crise sociale du début d’année 2007, M. Lansana Kouyaté est nommé le 26 février 2007 par le Président de la République , le Général Lansana Conté dans les fonctions de Premier Ministre, Chef du Gouvernement. Sa formation d’économiste a été rehaussée à travers des Stages effectués en Belgique sur la gestion des Entreprises industrielles sous l’égide de l’Agence Générale pour la Coopération et de Développement ( AGCD ) en 1979, en 1981 en Italie dans le même cadre à l’ Institut de reconstruction industrielle et en fin à l’Université de Pittsburgh ( USA ) sur le management du développement en 1983. L’actuel Premier Ministre guinéen est auteur de publication portant notamment sur « l’autofinancement dans les entreprises d’Etat en République de Guinée : Problèmes et Perspectives » ( 1975 ) et « la fin de la guerre froide et son impact sur les pays du tiers monde » ( 1991 ). Les mérites de M. Lansana kouyaté ont été reconnus par plusieurs pays à travers de prestigieuses distinctions honorifiques. Marié à Mme Fanta Condé et père de trois enfants, le nouveau Chef du Gouvernement s’exprime avec art et habileté dans les principales langues du terroir et maîtrise avec égal bonheur le français et la langue de Shakespeare.
Source: Site officiel du gouvernement guinéen


